L'Agonie de Couronne d'Ouest

Une ombre au tableau

Pont Pegasi.
Un groupe de cavaliers passe au trot sous les remparts de la cité de Couronne d’Ouest alors que le crépuscule embrase l’horizon.
De retour dans la cité, Gorvio demande un coup de main pour ramener les montures à son oncle avant le couvre-feu. Niccolo et Arcibaldo sont volontaires tandis que les autres Aténaar rentrent à la Vira. Janiven et le reste de sa bande se pressent d’aller panser leurs plaies dans leur repaire, l’ancien sanctuaire d’Aroden.
Aux écuries de Jacovo, le palefrenier est en pleine querelle avec un homme, Thesing Umbero Ulvauno, qui semble fâché que le cheval réservé plus tôt ne soit pas là. Pas de chance, la monture en question était celle de Vilandre, couverte de sang. L’homme est un acteur et un chanteur d’opéra connu dans la ville. Thesing est impatient et hautain, et il se targue d’interpréter ce soir un rôle principal dans « La fugue de la fille de la princesse douairière » au Théâtre du Rouge-Gorge dans le Parego Regicone. Le cheval escompté fait partie du spectacle. Arcibaldo est pris pour un gueux, et ce dernier explique qu’ils reviennent d’une partie de chasse. Niccolo et Arcibaldo, avec quelques flatteries et la promesse d’assumer les coûts de la méprise, calment un peu la colère du gentilhomme. Le ténor aime s’écouter parler et narre à Niccolo à quel point son talent est sans pareil. Jacovo et Gorvio mettent ce temps à profit et ramènent la monture propre et bouchonnée. Thesing fait sa sortie de scène sans un au-revoir. Arcibaldo se sépare de quelques pièces d’or pour remercier Jacovo.
Volant à tire d’aile, Aurora est la première à rentrer discrètement à la maison. La servante halfelin qui lui apporte son repas la trouve dans sa chambre, comme à l’accoutumée, en train de jouer avec sa maison de poupée et ses dottaris de plomb. Ce n’est pas comme si, moins d’une heure auparavant, elle avait pourfendu plusieurs aspirants chevaliers infernaux de ses griffes acérées…
Avant l’heure du dîner familial auquel Aurora n’assiste pas, la jeune tieffelin en profite pour passer un peu de temps avec sa mère qui se trouve en lecture dans la bibliothèque. La conversation entre Augusta et sa fille est tendue. Aurora aspire à plus de liberté alors que sa mère souhaite qu’elle mette plus d’application à devenir une dame noble, élégante et bien éduquée. Aurora a notamment raté son cours de danse plus tôt dans la journée. Le tailleur passera dès le lendemain pour prendre ses mesures pour sa nouvelle robe de bal.
De retour au manoir, la maisonnée est à table pour le souper. L’humeur des convives semble orageuse. Niccolo rejoint la table principale présidée par le baron pendant qu’Arcibaldo s’assied à coté de Léonis à la table secondaire. Vilandre boude car il doit accompagner dès le lendemain son père le baron Giacomo-Arcangelo à une rencontre avec la famille Gorvix, en dehors de Couronne d’Ouest, pour négocier d’importants accords commerciaux. Léonis les accompagnera pendant ce voyage de quelques jours.
Niccolo, accompagné d’Arcibaldo et d’Aurora, rendent visite à Ignazio, le maître-sycophante, pour lui demander conseil. Le maître-espion conseille simplement d’éviter désormais la maison Taranik pour ne pas croiser de chevaliers infernaux capables d’identifier les Aténaar.
Après une bonne nuit de sommeil, les Aténaar se réunissent dans la salle des cartes où une flambée dans la cheminée diffuse une chaleur agréable. Ils discutent des récents événements et de la suite à donner à leur rencontre avec Fedora et Janiven.
Aurora s’ennuie en attendant qu’on vienne prendre ses mensurations. Elle se faufile un peu partout dans la maisonnée, et se lance le défi de fouiller le cabinet de travail d’Ignazio. La serrure est difficile à crocheter, mais un clic la récompense enfin. Elle remarque dans la pièce la statuette d’un homme sans visage à quatre bras, qu’elle trouve bizarre et trop inquiétante pour être chipée. Elle se saisit plutôt d’un gros livre repéré la veille et file en catimini dans sa chambrette. En première page, un petit papier lui annonce « Bonne lecture ! ».
Le tailleur arrive enfin et prend ses mesures… L’artisan est un peu éberlué des demandes de la jeune tieffelin, qui souhaiterait une robe de bal apprêtée mais pratique en combat, une robe flamboyante mais discrète. Aurora se lasse de tourmenter l’artisan et lui passe une commande supplémentaire un peu particulière… Des gants renforcés que seul un armurier saura réaliser. Elle évince ensuite son professeur de danse en se plaignant d’une douleur à la cheville.
Pendant ce temps là, Niccolo et Arcibaldo se rendent au sanctuaire pour prendre des nouvelles de Janiven. Gorvio ronfle bruyamment pendant qu’Ermolos pousse une plaque de métal sur l’entrée des égouts. Janiven, Fedora, Morosino et Amaya sont présents.
Janiven nous en apprend un peu plus. Elle agit sur ordres directs du Comte Armon Rosala, et ce, depuis toujours. Y compris lorsqu’elle a rejoint les serviteurs d’Iomedae. L’objectif du groupe en construction est simple : pousser le seigneur-maire vers la sortie et prendre le pouvoir. Pour se faire, elle pense pousser une frange des couronnais à prendre les armes, à saisir son destin pour sortir du marasme. Le groupe qu’elle est en train d’organiser doit prêter main forte à la population, pour conquérir le cœur des couronnais. Pour cela, elle souhaite fonder une faction à part entière pour que la révolution ait une chance de fonctionner. Car quand le temps du changement sera venu, l’alternative devra s’imposer d’elle-même. Le but est ainsi de démontrer à la maison Thrune qu’elle a fait une erreur en donnant le pouvoir à la maison Arvanxi sur Couronne d’Ouest. Et que la maison Rosala est le candidat idéal pour remettre de l’ordre dans tout ça.
Aurora revient sur ses entrefaites. Et Janiven est interrompue dans la présentation de son grand plan par Niccolo qui gronde sa petite sœur pour avoir encore sécher son cours de danse.
Janiven reprend sa diatribe. Il y a, selon elle, plusieurs pistes pour commencer.
Les créatures de l’ombre sont un des fléaux auquel le groupe pourrait s’attaquer en premier lieu. Elles hantent les nuits des couronnais. Ce ne sont pas de vulgaires croque-mitaines et pas une semaine ne passe sans qu’on retrouve les cadavres d’inconscients qui ont bravé le couvre-feu.
Niccolo en connaît un peu sur le sujet. Il y a une trentaine d’année, lors du mois de Rova en 4676 AR, des disparitions nocturnes ont commencé. Les rumeurs d’un retour de la Peste blanche ou de la résurrection du Conseil des voleurs ont rapidement cédé la place à d’autres plus tenaces. Un funeste événement se serait déroulé au Havre du Chercheur, la loge locale de la société des Éclaireurs et des rapports font état de créatures éthérées chassant dans la nuit. Depuis lors, un couvre-feu a été établi et les autorités restent impuissante à enrayer cette menace.
Aurora raconte qu’elle connaît quelqu’un qui a déjà combattu et vaincu des créatures de l’ombre. Un autre tieffelin rencontré sur les toits lors de ses balades nocturnes. Niccolo et Arcibaldo ont un regard complice un peu gêné. Niccolo propose à Aurora d’organiser une rencontre avec cette connaissance plus tard en fin de journée.
Le groupe réfléchit ensuite au nom qu’ils peuvent se donner. Ils s’arrêtent sur un nom simple : les Veilleurs, dont le symbole sera la couronne d’épines. Amaya s’attèle à préparer quelques couronnes qui pourront être utilisées en signature. Janiven, contrainte à l’anonymat, va faire profil bas et rester au sanctuaire.
Arcibaldo apprend de la bouche son ami Giovanni Scampi que les créatures de l’ombre ont le modus operandi suivant : elles se cachent dans les ténèbres et attaquent par surprise, sans aucun bruit et sans aucune trace. Des rescapés dottaris lui ont précisé que les créatures sont difficiles à toucher car leur essence est nimbée d’ombre. Ces monstres semblent absorber la force de leur cible. Les dernières attaques reportées ont eu lieu dans le rego Pena.
Niccolo se renseigne quant à lui sur les Éclaireurs, qui semblent mystérieusement liés à l’apparition des créatures il y a trente ans de cela. Il apprend que le Havre des Chercheurs, loge de la société à Couronne d’Ouest, a été scellée par des protections magiques mises en place par la maison Thrune elle-même. Ces protections sont censées empêcher les Éclaireurs de pouvoir y rentrer mais Niccolo se demande si ce ne serait pas non plus pour bloquer le passage dans l’autre sens…
Le soir même, Aurora organise la rencontre avec son ami imaginaire. Arcibaldo et Niccolo sont sceptiques quand à l’existence de cet ami qu’Aurora « connaît » depuis qu’elle est petite. Ils en profitent pour déguster un apéritif, un vin varisien coûteux et quelques amuse-bouches pour patienter sur la terrasse. Une dizaine de minutes plus tard, à la grande surprise des deux frères Aténaar, un tieffelin débarque pour de bon sur la terrasse. Il est doté d’une large queue, grimpe facilement aux murs, possède des yeux incandescents et a la taille de Vilandre. Son nom est Angelo Zephirino.
Il dit avoir eu l’occasion d’affronter ces créatures de l’ombre : mais il n’y a pas de cadavre et elles s’évanouissent dans les ténèbres une fois vaincues. Elles chassent souvent en solitaire, et plus rarement en groupe de deux à quatre individus. Elles ont le plus souvent une forme de félin ou de chien. Ces créatures ne volent pas et ne quittent pas la terre ferme. Arcibaldo remercie Zephir pour la protection apportée à sa sœur lors de ses escapades nocturnes.
Le groupe décide d’aller de nuit vers le sanctuaire, équipé d’halorans, ces longs bâtons surmontés de lanternes pour diffuser un maximum de lumière et chasser la pénombre. Ils récupèrent Ermolos et Fedora pour les aider, ainsi que quelques couronnes d’épines préparées par Amaya.
Dans une rue à dix minutes au nord du sanctuaire, pendant qu’Ermolos grommelle sur son rôle de chèvre, le groupe est pris par surprise malgré la lumière des lanternes. Les ténèbres se matérialisent soudainement en un énorme mastiff d’ombre qui happe le bras du forgeron sans que quiconque n’ait le temps d’esquisser un geste.
Aurora tombe alors du ciel mais ses griffes manquent leur cible. Les autres membres du groupe se précipitent au secours du forgeron. La créature se déplace à une vitesse foudroyante et s’en prend aussi à Fedora qui est à son tour blessée au bras. Aurora parvient à toucher enfin la créature mais ne la blesse guère, ses griffes peinant à pénétrer les ombres. Niccolo conjure avec succès un filet qui capture la créature, permettant aux autres compagnons de la frapper. Ermolos, blessé, s’enfuit dans la nuit malgré les invectives d’Arcibaldo. Aurora plante ses griffes à plusieurs reprises dans la créature prisonnière du filet, la blessant plus nettement. Mais le filet disparaît, et la créature plante ses crocs dans la tieffelin en lui aspirant toute sa force. Aurora, blessée et pâle comme la mort, bât en retraite en s’envolant dans la nuit. Niccolo invoque un lémure, un démon informe pour occuper la créature de l’ombre. Fedora et Arcibaldo s’enfuient, tandis que la créature de l’ombre s’évapore finalement dans la nuit. Niccolo dépose la couronne d’épine sur le lieu du combat et s’en retourne au sanctuaire à son tour.
Aurora est retournée se réfugier sous sa couette dans sa chambre, non sans avoir fait un bandage de fortune sur sa plaie à la cuisse.
De retour au calme, Arcibaldo rejoue la scène dans sa tête pour affiner l’analyse magique réalisée pendant l’esclandre. Il comprend que la créature de l’ombre est de nature mort-vivante et partiellement intangible. Qu’elle est capable de se reproduire en absorbant la force des créatures qu’elle draine. In extenso, les créatures de l’ombre sont probablement sensibles aux armes en argent. Quant à leur origine, elle peut être une malédiction, ou les sortilèges d’un nécromant.
Le lendemain matin, Fedora jure comme un batelier et s’en veut toujours de ne pas avoir été efficace pendant ce combat. Arcibaldo file à la Vira Aténaar pour s’enquérir de la santé de sa petite sœur. Celle-ci est affaiblie, mais n’est plus blessée. Il lui donne sa potion de soin.
Arcibaldo fait ensuite jouer son réseau pour retrouver le forgeron. Dans sa fuite éperdue, Ermolos a défoncé une fenêtre pour se réfugier dans la boutique d’un cordonnier. L’artisan l’a recueilli et a essayé de le soigner comme il pouvait. Arcibaldo donne quelques pièces d’or au vieil homme en remerciement et ramène Ermolos au sanctuaire pour qu’il se repose.
Niccolo se rend dans une des bibliothèques de la ville pour pousser plus loin l’analyse réalisée par Arcibaldo. Ces créatures sont cataloguées dans le codex necronomica comme des « Ombres ». Des serviteurs assoiffés d’énergie vitale. Qui dit « serviteurs », implique qu’un maître exerce, quelque-part, un contrôle sur ceux-ci.
Niccolo organise ensuite son confort dans le sanctuaire et fait installer un lit à baldaquins avec coussins et peaux de bêtes. Quitte à passer des nuits dans ce lieu, autant le faire dans un confort qui sied à son rang ! Arcibaldo en fouillant le sanctuaire, met la main sur un onguent aux propriétés curatives exceptionnelles. Cela pourrait bien être utile si un jour l’un des leur se fait à nouveau mordre par une Ombre.
Aurora, un peu échaudée par le combat contre l’Ombre, a décidé de lâcher un peu de lest vis-à-vis de sa mère et assiste aux cours de danse dans les jours suivants. Dame Augusta, satisfaite, lui donne un peu d’argent de poche pour la récompenser de ses efforts.
Niccolo et Arcibaldo prennent le temps d’organiser la fabrication de quelques armes en argent pour que les Aténaar soient mieux armés lors de leur prochaine rencontre contre les créatures de l’ombre. Arcibaldo s’assure auprès du forgeron que des gantelets renforcés d’argent alchimique soit façonnés pour Aurora.
Au cours des jours qui suivent, la coterie apprend que les chevaliers infernaux ont porté plainte auprès des dottaris sur la mort de certains membres de leur ordre. Un avis de recherche est lancé sur la tête de Janiven, pour une récompense de dix dragons d’or.
Janiven propose de combattre en parallèle un autre fléau qui s’abat sur la ville : la criminalité. Elle a une piste concernant une bande de cambrioleurs qui sévissent dans la ville, « les bâtards de l’Erèbe », du nom du fleuve qui coule dans les enfers. Arcibaldo a déjà entendu parler d’eux : ce sont des tieffelins qui assassinent parfois les malheureux présents dans les maisons qu’ils dépouillent. Ils signent leurs méfaits d’un jeton en bois marqué d’une tête de diable.
[…]
Les Veilleurs sont satisfaits d’entendre des rumeurs les concernant : un groupe se serait fait attaquer par une créature de l’ombre et aurait réussi à la vaincre. Ils ont laissé derrière eux une couronne d’épines…

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Breloque

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